Imag­i­na­tions 6-1 | Table des matières


ALBERT // PENDLEBURY | CONSERVATION IN THE AGE OF CONSENSUS | Pendle­bury PDF

BESSON // TRELEANI | MÉMOIRES AUDIOVISUELLES. LES ARCHIVES EN LIGNE ONT-ELLES UN SENS ? | Tre­leani PDF

CROTEAU // BEGHAIN | PATRIMOINE, POLITIQUE ET SOCIÉTÉ | Beghan PDF


PENDLEBURY, JOHN. CONSERVATION IN THE AGE OF CONSENSUS. LONDRES, NEW YORK : ROUTLEDGE, 2009. IMPRIMÉ.

À quelques excep­tions près, l’ensemble des États représen­tés à l’UNESCO a rat­i­fié la Con­ven­tion du pat­ri­moine mon­di­al.[1] D’où vient ce con­sen­sus pour­tant si rare par­mi la com­mu­nauté inter­na­tionale ? C’est pré­cisé­ment celui-ci que se pro­pose d’examiner John Pendle­bury dans son ouvrage Con­ser­va­tion in the Age of Con­sen­sus (2009), pour ensuite révéler les ten­sions sociales, économiques et his­toriques qu’il masque. C’est essen­tielle­ment le pat­ri­moine bâti, rel­e­vant du ter­ri­toire bri­tan­nique, qui intéresse cet ancien agent de con­ser­va­tion, dans une approche alliant la réflex­ion théorique à des cas pra­tiques de con­ser­va­tion.

Cor­re­spon­dant aux chapitres 2 à 5, la pre­mière moitié de l’ouvrage revient chronologique­ment sur les événe­ments qui ont mar­qué la con­ser­va­tion en Grande-Bre­tagne depuis l’apparition des asso­ci­a­tions de défense du pat­ri­moine aux envi­rons de 1920, jusqu’aux dif­férents pro­grammes et poli­tiques mis en place sous le règne des con­ser­va­teurs bri­tan­niques (1979-1997). Le sec­ond chapitre fait un por­trait détail­lé des pra­tiques de con­ser­va­tion dites « mod­ernes » à la fois telles qu’elles ont été décrites et pra­tiquées par Eugène Vio­let-le-Duc, Johann Joachim Winck­el­mann et Alois Riegl et telles qu’elles furent défendues par cer­tains groupes d’intérêt dans les années 1960. Au troisième chapitre, Pendle­bury se penche sur la place crois­sante qu’occupera l’État dans les pra­tiques de con­ser­va­tion de 1920 à 1960, pour enfin arriv­er aux années 1970 où la con­ser­va­tion est désor­mais con­sid­érée par l’État comme un enjeu social et économique (chapitre 4). Pour ali­menter sa chronique, l’auteur s’appuie régulière­ment sur des expéri­ences de con­ser­va­tion. Un de ces exem­ples porte sur la ville de Bologne qui, dans le début des années 1970, a dévelop­pé « [l]e pro­gramme de loge­ments publics pour le cen­tre his­torique » visant, comme son nom l’indique, à restau­r­er une par­tie du vieux mobili­er urbain pour le con­ver­tir notam­ment en loge­ments soci­aux des­tinés à la pop­u­la­tion ouvrière (75-76). Il n’était pas ques­tion de préserv­er unique­ment la façade d’un bâti­ment, mais égale­ment de préserv­er, et même de retrou­ver, le tis­su humain qui fait la ville. À ce sujet, on remar­quera l’attention con­stante de l’auteur aux rap­ports de classe qui, depuis les années 1970, avaient été écartés de la réflex­ion sur la con­ser­va­tion. Cette con­sid­éra­tion lui per­met de rap­pel­er un enjeu sou­vent aban­don­né par la réflex­ion actuelle, et pour­tant lié aux poli­tiques de pat­ri­mo­ni­al­i­sa­tion : l’embourgeoisement d’un quarti­er ou d’un bâti­ment quel­conque suite à  son inscrip­tion sur une liste du pat­ri­moine. Enfin, c’est finale­ment sur un para­doxe que se ter­mine cette esquisse du paysage de la con­ser­va­tion en Grande-Bre­tagne. C’est avec sur­prise que l’on con­state que les poli­tiques d’austérité imposées par le gou­verne­ment con­ser­va­teur (1979-1997) ne lim­i­tent en rien les aspi­ra­tions des asso­ci­a­tions de défense du pat­ri­moine, au con­traire, le nom­bre de bâti­ments ajoutés aux inven­taires du pat­ri­moine ne cesse de croître de 1977 à 1997 (voir tableau, 84). Or, cette con­tra­dic­tion n’est para­doxale qu’en apparence, comme on le décou­vri­ra dans la suite de l’ouvrage…

Le cœur de la pub­li­ca­tion se situe à la fin du chapitre 5 et dans l’ensemble du chapitre 6 où l’auteur affirme que cet « âge du con­sen­sus », qui débute dans les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, serait lié à un proces­sus de pat­ri­mo­ni­al­i­sa­tion selon lequel la valeur d’authenticité, qui jus­ti­fi­ait autre­fois la con­ser­va­tion, serait rem­placée par les béné­fices que peut apporter celle-ci, notam­ment en matière d’ambiance urbaine (102). En d’autres mots, c’est un pat­ri­moine dont on attend des béné­fices qui a rem­placé un pat­ri­moine dont la valeur repo­sait sur ses car­ac­téris­tiques intrin­sèques (par exem­ple une archi­tec­ture sin­gulière ou un rôle impor­tant dans l’Histoire). Si la con­ser­va­tion se porte mieux que jamais, mal­gré les coupes budgé­taires des gou­verne­ments suc­ces­sifs de Mar­garet Thatch­er et de Sir. John Major, c’est bien parce qu’elle est explicite­ment liée au développe­ment économique (121). Toute­fois, en abor­dant la con­ser­va­tion sous une stricte per­spec­tive économique, plusieurs enjeux qui la com­posent sont mis à l’écart.

Dans le deux­ième mou­ve­ment de l’ouvrage (chapitre 7 à 10), c’est plutôt un tour d’horizon du milieu de la con­ser­va­tion actuelle qui est fait, et ce, tou­jours à par­tir de cer­taines ques­tions, qui réap­pa­rais­sent au fil des pages : qui con­serve ? Qu’est-ce que l’on con­serve ? Pourquoi le con­serve-t-on ? Com­ment le con­serve-t-on ? L’auteur s’intéressera dans un pre­mier temps aux enjeux de con­ser­va­tion à un niveau local (chapitre 7), pour ensuite les resituer dans un con­texte glob­al (chapitre 8). Un des con­stats prin­ci­paux qui ressort de son analyse con­cerne la mise en valeur du pat­ri­moine : la con­ser­va­tion appa­raît comme un enjeu de pou­voir. Ain­si, ceux qui déci­dent de la préser­va­tion d’un lieu ou d’un bâti­ment peu­vent altér­er le réc­it dans lequel il s’inscrit, soit selon leurs pro­pres con­vic­tions ou encore pour met­tre à l’écart cer­tains événe­ments à car­ac­tère con­flictuel. Par exem­ple, la mise en valeur qui accom­pa­gne le Cen­tre com­mer­cial et le port de Liv­er­pool main­tient à dis­tance le fait que l’architecture en place est forte­ment liée aux béné­fices du com­merce de l’esclavage au xvi­iie et xixe siè­cle (158-161). Par la suite (chapitre 9), l’auteur ten­tera de pré­cis­er en quoi con­siste une con­ser­va­tion « post-mod­erne », et ce par rap­port à la con­ser­va­tion mod­erne présen­tée dans le sec­ond chapitre de l’ouvrage. Il remar­quera entre autres ce que d’autres (Bar­rère ; Har­tog) ont souligné ailleurs : désor­mais tout mérite d’être préservé, des maisons de cam­pagne aux bâti­ments ayant joué un rôle dans l’histoire, en pas­sant par les con­struc­tions indus­trielles ou encore les habi­ta­tions à loy­ers mod­iques (HLM). Ce « tout pat­ri­moine » fait en sorte qu’on oublie sou­vent la véri­ta­ble rai­son d’être de la con­ser­va­tion. Alors que l’authenticité (celle du bâti et du tis­su urbain) était la valeur de référence pour les groupes d’intérêt défen­dant une con­cep­tion « mod­erne » du pat­ri­moine (1920 à 1960), c’est plutôt une ques­tion d’ambiance urbaine qui importe aux asso­ci­a­tions post-mod­ernes. Enfin, l’auteur se penche sur une récente volon­té d’offrir à la con­ser­va­tion une dimen­sion plus pro­gres­siste, à par­tir de l’idéologie mul­ti­cul­tur­al­iste et libérale (chapitre 10). Si l’on remar­que dans cer­tains plans de con­ser­va­tion récents un retour à des préoc­cu­pa­tions sociales qui étaient absentes depuis les années 1970, ces préoc­cu­pa­tions con­cer­nent toute­fois l’inclusion cul­turelle et iden­ti­taire et non pas des inquié­tudes d’ordre socio-économique, tel l’embourgeoisement. Pendle­bury rap­pelle ici que le pat­ri­moine n’est pas sim­ple­ment une util­i­sa­tion con­tem­po­raine du passé, mais qu’il est sociale­ment con­stru­it. Par con­séquent, même si l’on tente d’inclure les minorités dans le proces­sus de pat­ri­mo­ni­al­i­sa­tion, l’encadrement de ce proces­sus reste façon­né par la majorité.

L’ouvrage se con­clut en pro­posant des remar­ques générales sur la con­ser­va­tion telle qu’elle est pra­tiquée actuelle­ment. La prin­ci­pale cri­tique qui est faite au secteur de la con­ser­va­tion est le fait que les ges­tion­naires du pat­ri­moine ne font pas preuve actuelle­ment de réflex­iv­ité cri­tique par rap­port à leurs pro­pres pra­tiques. C’est par ailleurs là la prin­ci­pale rai­son d’être de l’ouvrage, qui met en lumière cer­taines inter­ro­ga­tions présen­te­ment écartées par les acteurs du milieu. L’autre cri­tique majeure de l’ouvrage con­cerne le façadisme : Pen­del­bury dénonce une ges­tion du pat­ri­moine sou­vent fondée sur le visuel et l’apparence et non pas sur la valeur d’authenticité à la fois du con­tenant, mais égale­ment du con­tenu. Enfin, il en appelle à éviter de fétichis­er l’objet pour tenir compte du tis­su urbain qui le com­pose.

Pour con­clure, on soulign­era l’unité de l’ouvrage : l’auteur fait, tout au long de sa réflex­ion, des liens entre les dif­férents chapitres et con­tenus qui com­posent la pub­li­ca­tion. Si à pre­mière vue le ter­ri­toire étudié peut sem­bler mince et réduire la portée des thès­es soutenues, le fait d’inscrire régulière­ment les enjeux locaux dans un con­texte mon­di­al per­met d’envisager com­ment ces asser­tions pour­raient tout à fait s’inscrire à plus grande échelle.

CHRISTINE ALBERT,
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL

Ouvrages cités

Bar­rère, Chris­t­ian, dir. Réin­ven­ter le pat­ri­moine : de la cul­ture à l’économie, une nou­velle pen­sée du pat­ri­moine. Paris : L’Harmattan, 2005. Imprimé.

Har­tog, François. Régimes d’historicité : présen­tisme et expéri­ences du temps. Paris : Seuil, 2003. Imprimé.

Notes

[1] 191 États sur les 193 représen­tés à l’UNESCO ont rat­i­fié la Con­ven­tion.
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TRELEANI, MATTEO. MÉMOIRES AUDIOVISUELLES. LES ARCHIVES EN LIGNE ONT-ELLES UN SENS ? MONTRÉAL : LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL, 2014. IMPRIMÉ. COLL. « PARCOURS NUMÉRIQUES. »

L’ouvrage de Mat­teo Tre­leani, Mémoires audio­vi­suelles, qui allie une dimen­sion théorique et une « final­ité pre­scrip­tive » (21), porte sur un ensem­ble de cap­sules audio­vi­suelles mis­es en ligne sur le site de l’Institut Nation­al de l’Audiovisuel (INA). Ce cor­pus cor­re­spond spé­ci­fique­ment aux con­férences de presse du général de Gaulle dif­fusées à par­tir de 1958 par la Radiod­if­fu­sion-télévi­sion française (RTF). Cepen­dant, ce sont moins ces images en par­ti­c­uli­er, que des rap­ports dialec­tiques entre présent et passé, his­toire et mémoire, archives et sup­port médi­a­tique, qui intéressent le chercheur. Adop­tant une approche résol­u­ment sémi­ologique, afin d’appréhender ces paires de con­cepts déjà régulière­ment tra­vail­lées par l’histoire et l’archivistique, Tre­leani se trou­ve avant tout face à un ques­tion­nement d’ordre épisté­mologique. Il est con­fron­té à la néces­sité de repenser sa pro­pre méthodolo­gie, afin de pou­voir appréhen­der l’objet d’étude qu’il se donne. En effet, la sci­ence des sys­tèmes de signes (la sémi­olo­gie) n’est pas la dis­ci­pline la plus habituée à tra­vailler sur les rap­ports entre un événe­ment his­torique (telle qu’une déc­la­ra­tion prési­den­tielle), sa représen­ta­tion audio­vi­suelle (aujourd’hui dev­enue une archive) et le réem­ploi de cette dernière sur un site. L’auteur relève cepen­dant ce défi en faisant usage de trois con­cepts clefs. Pre­mière­ment, la notion de remé­di­a­tion (Bolter et Grusin) est util­isée pour appréhen­der la cir­cu­la­tion médi­a­tique des séquences orig­i­nales sur dif­férents sup­ports (pas­sage de l’analogique au numérique, par exem­ple), en dif­férents lieux (elle est alors nom­mée relo­cal­i­sa­tion) et dans dif­férents films (elle est alors désignée par le terme de remon­tage).

Deux­ième­ment, Tre­leani con­sid­ère l’écart tem­porel entre le temps de l’événement et celui de la con­sul­ta­tion en ligne à l’aune d’un proces­sus de va-et-vient per­ma­nent entre décon­tex­tu­al­i­sa­tion et recon­tex­tu­al­i­sa­tion. Cela le con­duit à iden­ti­fi­er un para­doxe (79-80). En effet, selon lui, l’absence d’informations sur le con­texte orig­i­nal de pro­duc­tion et de dif­fu­sion con­duit à des erreurs répétées d’interprétation, mais, en même temps, c’est cette absence d’éléments con­textuels qui pro­duit une sorte d’étonnement, généra­teur, chez l’usager, d’un goût pour l’archive (cette expres­sion est explicite­ment emprun­tée à Arlette Farge). Dans ce cadre, l’oubli, le manque, l’écart entre usage et con­texte d’origine ne sont pas unique­ment perçus comme des pertes, mais aus­si comme ce qui per­met une util­i­sa­tion plus riche du doc­u­ment archivé. En effet, si dans une pre­mière par­tie (chapitres 1 à 4), l’auteur insiste un peu trop à notre avis sur une équiv­a­lence entre rejet de l’anachronisme et « bonne inter­pré­ta­tion » (33), cette con­cep­tion datée s’efface dans un bril­lant cinquième chapitre, juste­ment inti­t­ulé « Ver­tige » qui, intro­duisant l’expression d’heuristique de l’anachronisme (Didi-Huber­man), con­duit à penser la ques­tion des usages créat­ifs d’un point de vue au présent sur le passé.

Troisième­ment, selon l’auteur, c’est l’éditorialisation du doc­u­ment définie comme l’apport de « nou­velles ressources cog­ni­tives pour inter­préter un doc­u­ment pub­lié » (46) qui con­stitue une réponse éthique tout autant à une décon­tex­tu­al­i­sa­tion incon­trôlée, qu’à une recon­tex­tu­al­i­sa­tion bridant les usages du doc­u­ment. Ce proces­sus édi­to­r­i­al est ici conçu dans une per­spec­tive con­struc­tiviste, comme étant la créa­tion d’un nou­v­el objet. Tre­leani pose alors un con­stat : « le doc­u­ment ne con­siste pas seule­ment dans l’objet cul­turel cen­sé porter une sig­ni­fi­ca­tion, mais aus­si dans les méta­don­nées qui l’entourent » (77). En somme, la sig­ni­fi­ca­tion que le chercheur inter­prète ne réside pas toute entière dans l’analyse du con­tenu et de la matéri­al­ité de l’image, mais aus­si dans un ensem­ble de don­nées fournies par ceux qui l’ont con­sti­tué en doc­u­ment. En con­clu­sion, l’auteur pousse les con­séquences d’un tel con­stat jusqu’à leur aboutisse­ment théorique. Si le doc­u­ment est une forme com­plexe com­posée à la fois de la vidéo et des méta­don­nées, alors il est aus­si néces­saire de doc­u­menter ces dernières avec une même rigueur philologique. Il indique ain­si : « il faut pou­voir expliciter le tra­vail archivis­tique, le tra­vail his­torique et le tra­vail rhé­torique et sémi­o­tique de remise en con­texte à tra­vers un nou­veau média » (186). La visée pre­scrip­tive annon­cée en intro­duc­tion se retrou­ve dans cette con­clu­sion, l’objectif de l’auteur étant alors de pro­mou­voir une con­cep­tion éthique de la mise en ligne des archives audio­vi­suelles de l’INA. L’éditorialisation est alors conçue comme une réponse stratégique afin de dépass­er une con­cep­tion des sites web du seul point de vue de l’ergonomie des notices et de l’accessibilité des don­nées.

L’usage de ces trois concepts—remédiation, recon­tex­tu­al­i­sa­tion et éditorialisation—rend donc compte d’une prise de dis­tance vis-à-vis du par­a­digme tech­ni­ciste actuelle­ment dom­i­nant dans la con­cep­tion des archives en ligne. L’un des prin­ci­paux intérêts de cet ouvrage réside dans le fait que cette dis­tan­ci­a­tion ne se traduit pas seule­ment par les résul­tats apportés en con­clu­sion, mais par les théories mobil­isées et par la très grande diver­sité des cas abor­dés. En effet, si la mise en ligne des con­férences du général de Gaulle est com­parée à d’autres types d’éditorialisation sur Inter­net (jour­naux en ligne, blogues, sites insti­tu­tion­nels), l’auteur s’intéresse aus­si à des pein­tures datant de la Renais­sance, à des films et des romans con­tem­po­rains ain­si qu’à des écrits plus anciens. Il réin­scrit ain­si les prob­lé­ma­tiques liées à l’archivage à l’époque du numérique au sein d’un temps plus long. Pour cela, son argu­men­ta­tion repose sur une série de digres­sions enchâssées lui per­me­t­tant à chaque fois de cir­con­scrire un peu mieux son objet d’étude et les enjeux de son enquête épisté­mologique. Celle-ci passe notam­ment par la pen­sée de la mémoire de Paul Ricœur, par la micro­his­toire de Car­lo Ginzburg, par les réflex­ions d’Umberto Eco, par la sémi­o­tique struc­turale d’Algirdas Greimas, par la théorie de la doc­u­men­tal­ité de Mau­r­izio Fer­raris, par l’ingénierie des con­nais­sances de Bruno Bachi­mont et par l’anthropologie visuelle de Marc-Hen­ri Piault.

La richesse de ces références inter­dis­ci­plinaires con­duit à d’autant plus regret­ter l’absence de trois types de démarch­es. Tout d’abord, il est éton­nant qu’à l’exception de Lau­rent Ver­ay, Tre­leani ne fasse pas référence aux his­to­riens du cul­turel tra­vail­lant à par­tir de sources visuelles ou audio­vi­suelles. Cela s’explique peut-être (de manière con­sciente ou non, telle n’est pas la ques­tion) par la trop grande prox­im­ité con­ceptuelle entre la sémi­o­tique de la cul­ture atten­tive aux formes audio­vi­suelles pro­duites dans le passé (dont l’auteur s’efforce de définir les enjeux) et la manière de tra­vailler de ces chercheurs. En effet, depuis une quin­zaine d’années, l’un des prin­ci­paux débats his­to­ri­ographiques de ce champ porte juste­ment sur l’importance à accorder soit à une démarche archéologique (About et Chéroux), soit à une étude de la cir­cu­la­tion des formes dans l’espace pub­lic (Lin­de­perg). Dans un cas, il s’agit de prôn­er un strict retour aux con­di­tions de pro­duc­tion de l’image, alors que dans l’autre, c’est d’une véri­ta­ble his­toire du regard qu’il est ques­tion.

Ensuite, il est aus­si éton­nant de remar­quer, alors que cet ouvrage est pub­lié aux Press­es Uni­ver­si­taires de Mon­tréal, l’absence de toute inté­gra­tion de la pen­sée de l’intermédialité, pour­tant dévelop­pée dans cette uni­ver­sité au Cen­tre de recherch­es inter­mé­di­ales sur les arts, les let­tres et les tech­niques (CRI­alt) et au sein de la revue Inter­mé­di­al­ités. Le numéro 18 de ladite revue juste­ment inti­t­ulé « Archiv­er » aurait cer­taine­ment pu con­stituer un point de repère théorique impor­tant pour la réflex­ion dévelop­pée par l’auteur. Enfin, dans une moin­dre mesure, l’absence de réflex­ions autour du con­cept de redoc­u­men­tari­sa­tion (men­tion­né à la page 46, mais non dévelop­pé) est à not­er. Cela est moins mar­quant en soi, qu’à titre de symp­tôme d’une absence de prise en compte du rôle act­if des usagers dans la déf­i­ni­tion de la sig­ni­fi­ca­tion des vidéos mis en ligne. Cette ten­dance est aus­si iden­ti­fi­able par l’utilisation des ter­mes très généraux de pub­lic, d’usager, de spec­ta­teur ou de vis­i­teur (117), sans que la mul­ti­plic­ité de leurs rôles et la diver­sité des usages de ces vidéos et plate­formes ne soient vrai­ment au cen­tre de l’analyse. Ain­si, il n’est qua­si­ment jamais ques­tion de la cul­ture visuelle des indi­vidus ou des com­mu­nautés, dans cet ouvrage qui porte pour­tant comme titre mémoires audio­vi­suelles.

Ces limites—ou tout du moins ces points de discussion—ayant été posés, il reste à réaf­firmer la très grande qual­ité et den­sité théorique de la démon­stra­tion menée par Tre­leani. Enfin, l’articulation entre la pub­li­ca­tion papi­er et une ver­sion aug­men­tée acces­si­ble gra­tu­ite­ment en ligne est tout à fait remar­quable. Si le lecteur de l’ouvrage est par­fois frus­tré par l’impossibilité de con­sul­ter directe­ment les exem­ples dont il est ques­tion, l’usager de la plate­forme créée dans le cadre de la col­lec­tion « Par­cours numériques » (dirigée par Michael E. Sina­tra et Mar­cel­lo Vitali-Rosati) est, lui, pleine­ment sat­is­fait par la con­sul­ta­tion d’un ensem­ble de liens, de références et de vidéos inté­grés au corps du texte (voir le site de Mémoires audio­vi­suelles). Il y a là une forme rare de cohérence entre le con­tenu théorique d’un ouvrage ques­tion­nant la remé­di­a­tion et l’usage des méta­don­nées sur Inter­net, et un tra­vail d’édition atten­tif aux poten­tial­ités actuelles du web.

RÉMY BESSON,
UNIVERSITE DE TOULOUSEJEAN JAURÈS

Ouvrages cités

About, Ilsen et Clé­ment Chéroux. « L’Histoire par la pho­togra­phie. » Études pho­tographiques 10 (2001) : 8-33. Web. 12 fév. 2015.
Bolter, Jay David et Richard Grusin. Reme­di­a­tion. Under­stand­ing New Media. Cam­bridge : MIT Press, 1999. Imprimé.
Lin­de­perg, Sylvie. « Itinéraires : le ciné­ma et la pho­togra­phie à l’épreuve de l’histoire. » Ciné­mas : revue d’études ciné­matographiques 14.2-3 (2004) : 191-210. Web. 12 fév. 2015.
Tre­leani, Mat­teo. Mémoires audio­vi­suelles. Col­lec­tion en libre accès. Par​coursnu​meriques​-pum​.ca/​m​e​m​o​i​r​e​s​a​u​d​i​o​v​i​s​u​e​l​les. Mon­tréal : Les Press­es de l’Université de Mon­tréal, 2013-2014. Web. 12 fév. 2015.

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BÉGHAIN, PATRICE. PATRIMOINE, POLITIQUE ET SOCIÉTÉ. PARIS : LES PRESSES DE SCIENCES PO, 2012. IMPRIMÉ.

Depuis les trente dernières années, le con­cept de pat­ri­moine con­naît un essor cer­tain dans les recherch­es menées dans divers domaines (his­toire, soci­olo­gie, anthro­polo­gie, archi­tec­ture, eth­nolo­gie, sci­ences poli­tiques, etc.). L’ouvrage de Patrice Béghain inti­t­ulé Pat­ri­moine, poli­tique et société et pub­lié en 2012 sous Les Press­es de Sci­ences Po, porte d’ailleurs sur ce con­cept aujourd’hui « nomade » (5). Dans les pre­mières pages de ce livre, l’auteur mène une enquête his­torique qui nous con­duit de la Renais­sance (péri­ode où se développe chez les human­istes ital­iens une « con­science pat­ri­mo­ni­ale » (12)) vers la Rome pon­tif­i­cale puis jusqu’au 20e siè­cle en France. L’originalité de sa propo­si­tion se situe dans la per­spec­tive cri­tique à par­tir de laque­lle Béghain revis­ite pro­gres­sive­ment ces péri­odes his­toriques charnières. Le titre de son pre­mier chapitre, « Pat­ri­moine et poli­tique : l’affirmation d’un cou­ple », annonce déjà de manière emblé­ma­tique la démarche de l’auteur. Exam­i­nant notam­ment l’évolution de la pat­ri­mo­ni­al­i­sa­tion des mon­u­ments français de la sec­onde moitié du 19e siè­cle à nos jours, la trans­for­ma­tion pro­gres­sive des mon­u­ments monar­chiques en mon­u­ments pat­ri­mo­ni­aux, l’émergence du droit pat­ri­mo­ni­al ain­si que les con­flits entre la gauche et la droite au moment de la sépa­ra­tion de l’église et de l’État en 1905 (22), Béghain démon­tre que si la fonc­tion poli­tique a été assignée très tôt au pat­ri­moine, led­it pat­ri­moine est devenu, pro­gres­sive­ment, un sujet de con­flits poli­tiques.

À par­tir du deux­ième chapitre et pour le restant de l’ouvrage, l’auteur étudie prin­ci­pale­ment le cas du pat­ri­moine en France par le biais d’une approche plurielle, tan­tôt, his­torique, poli­tique, eth­nologique ou même juridique. Il abor­de les prob­lé­ma­tiques d’urbanisme et d’aménagement du ter­ri­toire, par exem­ple la destruc­tion de quartiers entiers et les divers pro­jets de réno­va­tions urbaines qui « privilégi[ent] le critère esthé­tique à la fonc­tion de mémoire » (47), afin de démon­tr­er com­ment ces pra­tiques pat­ri­mo­ni­ales, celles d’hier et celles d’aujourd’hui, relèvent par­fois d’une « approche restric­tive du pat­ri­moine » (41). Béghain exam­ine plusieurs cas pour appuy­er son idée—les édi­fices religieux pri­or­isés com­par­a­tive­ment à l’architecture rurale ou indus­trielle, la « déval­ori­sa­tion des formes et des pra­tiques du quo­ti­di­en » (45), etc.

L’idée der­rière ces pro­pos devient de plus en plus nette tout au long de la tra­ver­sée de ce livre : l’auteur défend l’idée d’une « juste démarche de pat­ri­mo­ni­al­i­sa­tion » (47) et sig­nale l’importance d’une pra­tique du pat­ri­moine val­orisant la con­ser­va­tion des lieux ordi­naires his­torique­ment dén­i­grés—« [l]’ordinaire n’a guère été digne de sub­sis­ter » (139) écrit-il—lieux autour desquels les hommes et femmes vivent et for­ment pour­tant une com­mu­nauté et où se jouent des enjeux de social­ité.[1] Béghain explore d’ailleurs dans les pages suiv­antes (dans son qua­trième et cinquième chapitre) le nouage entre pat­ri­moine et socia­bil­ité (88) et ce, sans jamais présen­ter un état des lieux nos­tal­gique : c’est bien la défense du « ter­ri­toire des hommes » (86) ain­si que sa fonc­tion pat­ri­mo­ni­ale et sociale dont il est ques­tion ici : « À chaque édi­fice, à chaque chose s’attache une his­toire, qui est une part de l’histoire de l’individu ou de la com­mu­nauté qui les ont pro­duits et préservés » (73).

Le patrimoine immatériel

Si Béghain tra­vaille la notion de pat­ri­moine sous divers­es cou­tures tout au long de son étude—l’archive, la mémoire, le ter­ri­toire, l’identité—et fait pour cela plusieurs allées et venues entre cer­taines péri­odes his­toriques, on pour­rait tout de même not­er que la péri­ode entre 1960 et 1980, celle où « le peu­ple entre au musée » (38), con­stitue l’un des prin­ci­paux enjeux de l’ouvrage. À par­tir de la sec­onde moitié du livre, l’auteur revien­dra à quelques repris­es sur cette péri­ode déci­sive durant laque­lle la vie des pop­u­la­tions ouvrières et rurales a com­mencé à faire l’objet d’expositions, et où « des mil­liers de citoyens s’emparent de la ques­tion du pat­ri­moine » (26). Il y a un « réveil de l’opinion publique et la créa­tion d’une mul­ti­tude d’associations du pat­ri­moine » écrit-il, et cette mou­vance a joué un « rôle déter­mi­nant dans l’émergence d’une nou­velle con­cep­tion et d’une pra­tique régénérée du pat­ri­moine » (27). Abor­dant égale­ment l’arrivée des préoc­cu­pa­tions eth­nologiques dans les pra­tiques pat­ri­mo­ni­ales autour des années 1980 ain­si que la ques­tion du mul­ti­cul­tur­al­isme en France (et dans une moin­dre mesure au Cana­da), Béghain con­state que « se trou­vent réu­nis aujourd’hui […] comme dans la plu­part des pays occi­den­taux, les élé­ments d’une nou­velle crise du pat­ri­moine qui tient tout sim­ple­ment à la diver­sité des mémoires et des his­toires » (103). C’est sur ce sujet que l’auteur nous livre par la suite les pro­pos les plus incisifs de son ouvrage.

Dans son chapitre inti­t­ulé « L’identité, entre con­ver­gence et dif­férence », il exam­in­era l’instrumentalisation du con­cept de pat­ri­moine dans les années 2000 en France[2] au prof­it de la vision d’une iden­tité nationale encour­agée notam­ment par le Front nation­al : « [t]out se passe comme si la reven­di­ca­tion iden­ti­taire, qui a pro­gres­sive­ment investi le con­cept de pat­ri­moine, se trou­vait prise au piège de la récupéra­tion poli­tique et embar­quée dans cette “guerre eth­nique totale” […] » (105). Plus loin (voir son chapitre « Iden­tité nationale et resti­tu­tion des biens cul­turels »), Béghain soulève par ailleurs com­bi­en la resti­tu­tion des biens cul­turels se situe au car­refour de prob­lé­ma­tiques d’ordre nation­al­istes, iden­ti­taires, poli­tiques, juridiques et éthiques, com­pliquées qui plus est par une oppo­si­tion de la part des insti­tu­tions cul­turelles muséales européennes et nord-améri­caines revendi­quant un genre de statu quo, un « irré­den­tisme uni­ver­sal­iste » (133). Ces réflex­ions nous con­duisent ain­si vers la dernière sec­tion de son ouvrage inti­t­ulée « Mémoire, pou­voir et pat­ri­moine », dans laque­lle l’auteur se porte à la défense du « pat­ri­moine immatériel »,[3] ce pat­ri­moine des mémoires locales, mul­ti­cul­turelles et ver­nac­u­laires. « La ques­tion est sim­ple » écrit Béghain : « peut-on fonder sur le pat­ri­moine, sou­vent con­sti­tué par les vain­queurs ou à l’initiative des puis­sants, mais par­fois util­isés par les vain­cus comme élé­ment de rebond, une com­mu­nauté de partage ? Peut-il être, autant que l’ont cru ses fer­vents défenseurs, un élé­ment fédéra­teur d’une iden­tité com­mune ? » (136). Ces inter­ro­ga­tions sont cap­i­tales pour l’auteur, car elles met­tent en lumière l’importance de l’approche cri­tique vis-à-vis des pra­tiques pat­ri­mo­ni­ales.

En d’autres mots, il va sans dire que Pat­ri­moine, poli­tique et société est le résul­tat d’une recherche ambitieuse : Béghain, par le biais de cet essai somme toute assez court (167 pages) nous fait tran­siter des cir­con­stances sociopoli­tiques ayant don­né lieu à la nais­sance du con­cept de pat­ri­moine jusqu’aux péri­odes déci­sives de l’Histoire en France dans les années 2000. D’une part, ce livre offre ain­si au lecteur une vue d’ensemble sur le sujet grâce à une enquête très vaste, et sans qu’elle ne soit stricte­ment his­torique : on pour­rait plutôt dire que le nerf de cet ouvrage se situe dans la dimen­sion engagée que cet auteur apporte sur les prob­lé­ma­tiques abor­dées. D’ailleurs, la grande atten­tion portée au lien social, à la mémoire col­lec­tive, à l’identité, aux divers lieux de mémoire (Pierre Nora), aux vies frag­iles (Arlette Farge)[4] ain­si qu’au pat­ri­moine com­mun et pluriel n’est finale­ment pas sur­prenante : après tout, cet essai ne s’intitulait-il pas, dans sa pre­mière édi­tion, Pat­ri­moine : cul­ture et lien social ?[5] D’autre part, en remon­tant les filons de l’Histoire, le livre de Béghain nous con­vie égale­ment à inter­roger « le bon niveau d’exercice de la ges­tion con­crète des biens cul­turels » (149), une ges­tion qui a été (et est encore) his­torique­ment régle­men­tée par l’État (en France et au Cana­da notam­ment). La lec­ture de cet ouvrage encour­age ain­si chez le lecteur des réflex­ions qui pour­raient dépass­er les fron­tières français­es. Pour exem­ple : lorsque Béghain souligne que les reven­di­ca­tions région­al­istes des années 1960-1970 et les reven­di­ca­tions « eth­niques » des années 1980-1990 (112) ne sont pas uniques à la France, ces deux évo­lu­tions ne rap­pel­lent-elles pas, en quelque sorte, ce qui eut lieu au Cana­da à l’Office nation­al du film à la même péri­ode, avec les ini­tia­tives telles que Société Nouvelle/ Chal­lenge for Change (1967-1980) ain­si que la vague mul­ti­cul­turelle à l’ONF à par­tir des années 1980 ?[6] Enfin, on y décou­vre une série de ques­tions que Patrice Béghain ne cessera de pos­er, de refor­muler, de prob­lé­ma­tis­er et d’approfondir tout au long de cet essai. Ne serait-ce que pour cela, le mot de la fin lui revient :

Qu’y a-t-il, dans cette mai­son que nous dis­ons com­mune ? Des musées, des bib­lio­thèques, des édi­fices, des objets, des archives, un ensem­ble de savoirs qui s’élaborent grâce à la recherche, des pra­tiques sociales et cul­turelles ; bref des réal­ités matérielles et des don­nées immatérielles. En fac­teur com­mun, une rela­tion au passé, un legs de mémoire […]. Mais quel passé, quelle mémoire ? Élaborés par qui, pour qui ? Nous avons vu le pou­voir se saisir de cette ques­tion à dif­férents moments de l’histoire et lui apporter des répons­es idéologiques, poli­tiques, insti­tu­tion­nelles, elles-mêmes his­torique­ment situées et sus­cep­ti­bles d’être remis­es en cause. Quand on s’efforce de répon­dre à ces ques­tions, d’aller au-delà du terme ou du con­cept de pat­ri­moine, on s’aperçoit que rien n’est sim­ple ni évi­dent. (30)

STÉPHANIE CROTEAU,
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL / UNIVERSITÉ SORBONNE NOUVELLEPARIS 3

Ouvrages cités

Farge, Arlette. La vie frag­ile. Vio­lence, pou­voirs et sol­i­dar­ités à Paris au xvi­iie siè­cle. Paris : Hachette, 1986. Imprimé.

---. Le Goût de l’archive. 1989. Paris : Seuil,‎ 1997. Imprimé.

Gar­neau, Michèle. « La cul­ture sous con­di­tion du poli­tique à l’Office nation­al du film du Cana­da. » Mul­ti­cul­tur­al­isme et diver­sité cul­turelle dans les médias au Cana­da et au Québec. Dir. Hans-Jür­gen Lüse­brink et Christoph Vat­ters. Würzburg : Königshausen & Neu­mann, 2013. 35-50. Imprimé.

Nora, Pierre, dir. Les Lieux de mémoire. Tomes I, II et III. Paris: Gal­li­mard, 1997. Imprimé.

Notes

[1] La per­spec­tive socioé­conomique de cette prob­lé­ma­tique est explorée dans le chapitre suiv­ant (« Du bon et du mau­vais usage de l’économie du pat­ri­moine »). L’argument économique et le tourisme pat­ri­mo­ni­al accor­dent au pat­ri­moine, pré­cise Béghain, une « légitim­ité nou­velle » (55).

[2] Notam­ment en 2009, par le débat sur l’identité nationale ini­tié par le gou­verne­ment français.

[3] L’auteur entend par « pat­ri­moine immatériel » le pat­ri­moine humain, c’est-à-dire les pra­tiques ordi­naires ou sin­gulières (langues, gas­tronomie, cou­tumes, croy­ances, pra­tiques quo­ti­di­ennes, réal­ités rurales, etc.) issues de com­mu­nautés divers­es. Béghain rap­pelle d’ailleurs que ce con­cept a été « aval­isé par l’UNESCO en 2003 […] et mis en vigueur en 2006 […] » et qu’il implique « une forte val­ori­sa­tion de la notion de trans­mis­sion de pra­tiques par une com­mu­nauté active […] il est un pat­ri­moine de l’humain et vise à pro­mou­voir, en dehors de tout critère esthé­tique, des valeurs de socia­bil­ité » (49).

[4] On réfère ici aux travaux de Pierre Nora (Les Lieux de mémoire, tome I, II et III) et d’Arlette Farge (La vie frag­ile. Vio­lence, pou­voirs et sol­i­dar­ités à Paris au xvi­iie siè­cle ; Le Goût de l’archive), ouvrages cités par Béghain à quelques repris­es dans son essai.

[5] Cette infor­ma­tion se retrou­ve au ver­so de la plus récente édi­tion de l’essai (Pat­ri­moine, poli­tique et société).

[6] Con­cer­nant cette hypothèse, voir Michèle Gar­neau : « La cul­ture sous con­di­tion du poli­tique à l’Office nation­al du film du Cana­da ».

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